Investir au Moyen-Orient
Les pays du Moyen-Orient, à savoir, Irak, Iran, Arabie Saoudite, Koweit, Bahrein, Qatar, Emirats Arabes Unis, Oman et Yemen, ont des économies à rente pétrolière (90 % de leurs exportations). La région reste le centre névralgique du secteur pétrolier où se concentre 75 % des réserves d'hydrocarbures (pétrole et gas naturel). Le premier enjeu y est bien la protection des zones de production et des routes d'acheminement des hydrocarbures. Dans toutes les monarchies pétrolières, un modèle atypique de développement a été mis en place, reposant sur la redistribution des revenus tirés du pétrole. Une fois la rente pétrolière captée, des mécanismes simples de redistribution sont élaborés (emplois publics, gratuité des services publics...). En raison des ressources limitées (hors hydrocarbures) dont disposent ces pays, cette création de revenu s’est accompagnée d’une hausse des importations de biens et de services.
La contrepartie d’un tel système rentier est bien connue : forte vulnérabilité aux variations des cours pétroliers, dépendance vis-à-vis de l’extérieur, industrie peu compétitive et faiblement diversifiée, détérioration des termes de l’échange, absence d’une véritable classe d’entrepreneurs, fortes inégalités, chômage élevé. De fait, au regard des réserves pétrolières dont disposent les pays du Moyen-Orient, leurs performances globales peuvent être jugées décevantes : non seulement au cours des vingt dernières années leur croissance a été inférieure à la croissance mondiale (1% contre 3%) mais le PIB par habitant, encore supérieur à 5000$ par habitant au début des années 1980, est revenu à 4000$ par habitant en 2001. En particulier, les économies du Golfe n’ont pas mis à profit les ressources pétrolières pour diversifier leur économie et/ou procéder à une montée en gamme de leurs produits. Leur part dans les importations mondiales s’est réduite, passant de 5% en 1980, à moins de 2% en 2000 (respectivement 10% et 3% pour les exportations). Ce mouvement s’est accompagné d’une dilution de la présence étrangère : les stocks d’investissements directs entrants au Moyen-Orient s’élevaient à 42 Md$ en 2001, soit 0,6% des encours mondiaux, contre 3% en 1985.
Si les pays du Moyen-Orient occupent une place marginale dans les échanges avec la France (2,3% de nos exportations et 1,5% de nos importations en 2002), celle-ci arrive au cinquième rang des fournisseurs de la région, avec 5% de parts de marché (dans la moyenne de notre part de marché mondiale), derrière les Etats-Unis (10%), l’Allemagne (7%), le Japon (6%), le Royaume-Uni (6%) et l’Italie (6%).Parmi ces pays, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie saoudite et l’Iran sont les trois premiers clients de la France et totalisent 75% de nos exportations vers le Moyen-Orient. Les échanges bilatéraux avec les Emirats Arabes Unis sont toutefois optiquement gonflés par le rôle de plate-forme régionale de ré-exportation que joue Dubai, vis-à-vis de l’ensemble du Moyen Orient.
Depuis 10 ans (hormis 1996 et 2000), la France dégage un excédent commercial croissant avec les pays de la région (21,5 Md€ en 2002). C’est notamment le cas de l’Arabie saoudite, qui représente un de ses principaux excédents commerciaux (5ème et 7ème rangs mondiaux en 2001 et 2002). En 2002, l’Irak était encore notre troisième client de la zone, avec 500 millions d’euros d’exportations (800 millions d’euros d’importations) mais ces échanges bilatéraux se sont progressivement taris à partir de cette année. Aucun flux commercial n’a été enregistré au deuxième trimestre.
La structure des échanges avec le Moyen-Orient est fortement dissymétrique : les postes d'achat sont composés à 80% d’hydrocarbures, alors que les ventes françaises sont portées par les produits manufacturés. Pourtant, depuis le second choc pétrolier, la France a cherché à diversifier ses approvisionnements pétroliers. Les pays du Moyen-Orient ne représentent donc plus que 23% de ses importations de pétrole (brut et raffiné), contre 75% en 1976. La diversification s’est opérée essentiellement au profit de la Norvège, qui occupe désormais la deuxième place de ses approvisionnements pétroliers (un cinquième de nos achats).
La présence française dans les pays du Moyen-Orient reste modeste en valeur absolue. Le nombre d’implantations françaises en 2002 ne dépassait pas 500 entreprises. Le stock d’investissements directs français atteignait 2 Md€ en 2000, soit 4% du stock d’IDE accueilli par la zone : il a néanmoins été multiplié par quatre depuis 1996, soit une progression deux fois plus rapide que l’encours mondial des IDE dans le Moyen-Orient. Ses investissements sont concentrés à 80% dans le secteur des services (banques, services aux entreprises principalement) et à 15% dans l’industrie manufacturière. De fait, les investissements liés directement au pétrole (extraction, raffinage) sont largement minoritaires.
Du reste, les enjeux économiques du Moyen-Orient tiennent tout autant à l’exploitation des ressources énergétiques qu’aux opportunités que pourraient générer les secteurs des infrastructures et des services. Longtemps fermés aux investissements, les pays du Moyen-Orient manifestent une volonté d’ouverture, dont l’avenir jugera de la sincérité. En 2002, l’Arabie Saoudite a entrepris un vaste programme de réformes économiques en vue de réduire sa dépendance énergétique (privatisations, participation du secteur privé à l’extension du secteur ferroviaire et aux projets de dessalement de l’eau, création d’une société de holding pour les services gaziers et pétroliers). Elle avait préalablement adopté en 2000 un nouveau code d’investissement afin de favoriser les implantations étrangères. La société Danone a ainsi repris la majorité du capital de la société laitière Al Safi, Perrier a investi dans l’eau minérale et Saint- Gobain dans les textiles techniques. En Iran, l’adoption en mai 2002 d’une nouvelle loi sur l’investissement participe également de cet esprit d’ouverture. En dehors de la présence de Total, les investissements français y ont toutefois été peu nombreux.
Source : Ministère Français du Commerce extérieur, document intitulé : Les échanges bilatéraux de la France avec le Moyen Orient, 2003.
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Tuesday, 13 December, 2005 14:10
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