La Commission adopte un programme de grands travaux
LE MONDE | 11.11.03 | 13h21Elle devait rendre, mardi, son arbitrage sur les nombreux projets présentés par les Etats membres en privilégiant des liens transfrontaliers, avec une prime pour le rail et le transport fluvial.
Bruxelles de notre bureau européenLa Commission européenne devait adopter, mardi 11 novembre, une liste de grands travaux à lancer d'ici à trois ans, afin d'augmenter la croissance à moyen terme dans l'Europe élargie. En octobre, elle avait présenté aux chefs d'Etat et de gouvernement 29 grands projets d'infrastructures de transports, divisés en 140 tronçons, à réaliser avant 2020, pour un montant titanesque de 220 milliards d'euros.
A la demande du conseil européen, elle a affiné son projet qui sera présenté aux Quinze en décembre. La Commission a renoncé à choisir des chantiers complets parmi les 29 projets, ce qui aurait suscité un casse-tête politique, et financier, entre les Etats membres. Elle a préféré sélectionner 26 tronçons, concernant 16 grands axes, d'un coût estimé à plus de 45 milliards d'euros.
Ces projets sont difficiles à financer, parce qu'ils exigent des travaux gigantesques et qu'ils sont transfrontaliers. Une fois que ces "verrous" auront sauté, la Commission estime que les Etats membres auront moins de difficultés à construire, seuls, les autres tronçons du parcours.
Ainsi, sur la ligne de chemin de fer Berlin-Palerme, seul le tunnel du Brenner, à la frontière austro-italienne, dont le coût est estimé à 4,3 milliards d'euros, a été retenu. En septembre, le projet Lyon-Turin avait été étendu jusqu'à la frontière ukrainienne, mais la Commission propose de sélectionner uniquement le tunnel sous le Mont-Cenis (6,1 milliards d'euros) et la rénovation de la ligne Ljubjana-Budapest. Pour le TGV-Est Paris Mannheim, la Commission ne s'intéresse qu'au pont sur le Rhin Strasbourg-Kehl. Dans ses critères de choix, à la demande du conseil, elle a retenu les projets "transfrontaliers avec une forte dimension européenne, financièrement et économiquement viables, qui permettent de faciliter l'investissement national dans d'autres infrastructures nationales et qui apportent des bénéfices en terme d'emploi, de croissance et d'environnement". Souci environnemental oblige, 20 tronçons retenus sur 26 concernent des transports ferroviaires et deux les aménagements fluviaux sur l'axe Rhin-Meuse-Danube. Les tronçons autoroutiers sont limités à quatre et concernent la périphérie de l'Europe. S'y ajoute le projets des "autoroutes de la mer", dont le coût n'est pas spécifié, qui doivent soulager le transport de fret terrestre sur tout le continent.
Au total, onze des grands projets présentés en octobre n'ont pas été retenus du tout. Soit parce qu'ils sont déjà achevés ou en voie de l'être, comme l'aéroport de Malpensa à Milan ou la ligne de chemin de fer Cork-Dublin-Belfast en Irlande ; soit parce que leur intérêt n'est pas réellement européen, comme la ligne à grand vitesse Bruxelles-Luxembourg-Strabourg, rajoutée en dernière minute, en octobre, sur pression belgo-luxembourgeoise mais qui n'aurait servi qu'aux Eurocrates soucieux de rejoindre les différents sièges des institutions européennes. Le Pont de Messine n'était pas dans la liste soumis aux commissaires, mardi matin. Enfin, d'autres projets ont été enterrés comme la traversée frêt des Pyrénées, à cause de l'indécision des gouvernements nationaux. "Personne en France n'a été capable de signer un bout de propositions sur le sujet", accuse un responsable de la Commission.
FINANCEMENT PROBLÉMATIQUE
en dépit de ces grandes annonces, ces projets pourraient rester lettre morte si le problème du financement n'est pas résolu. Le budget transport de la Commission est dérisoire, de l'ordre de 700 millions d'euros par an, et si l'on veut qu'elle puisse contribuer sérieusement au financement de tels travaux, il faudra décupler ses moyens à partir de 2007. Une solution consisterait à transférer massivement une partie des aides régionales, souvent consacrées à la construction d'autoroutes, vers le rail. Dans ce cas, il faudrait autoriser la Commission à financer ces grands travaux transfrontaliers à hauteur de 30 % contre 10 % aujourd'hui, mais de nombreux ministres des finances, en particulier l'Allemand Hans Eichel, s'y opposent.
Le Tout-Bruxelles ne jure que par la Banque européenne d'investissement (BEI) : elle promet 50 milliards d'euros d'ici à 2010, mais elle est réticente, accusent de nombreux experts, à financer le rail. Enfin, les budgets nationaux sont contraints par le pacte de stabilité. "La vraie solution, c'est de faire payer l'usager, en taxant la route pour financer le rail, mais pour cela, il faut du courage politique", commente un expert bruxellois.
Par ailleurs, l'initiative de croissance identifie dix projets dans le domaine énergétique, en particulier pour l'acheminement du gaz naturel (7 milliards d'euros) et celui, nettement moins coûteux, de l'électricité (2,2 milliards d'euros). Quelques semaines après la panne de courant qui a frappé la péninsule, il est ainsi proposé d'augmenter les capacités d'interconnections entre l'Italie et ses voisins français, suisses, autrichiens et slovènes. Les réseaux entre la France, la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne doivent également être renforcé "afin de décongestionner les flux à travers le Beneluxe".
Plusieurs chantiers sous-marins sont également au menu, afin d'accroître les interconnections dans le Nord de l'Europe.
Enfin, dans le domaine de la recherche et de développement, la Commission se concentre sur des technologies de pointe comme les nanotechnologies, la nouvelle génération de laser ou l'hydrogène comme nouvelle source énergétique. Dans le domaine spatial, la Commission n'oublie pas de soutenir le système Galileo de navigation par satellite. Elle retient également l'aménagement, en 2004 et 2005, de la base de Kourou, en Guyane, afin d'accueillir le lancement des fusées russes Soyouz.
Arnaud Leparmentier et Philippe Ricard
--------------------------------------------------------------------------------Les principaux projets d'infrastructures, hors réseaux autoroutiers
Projets ferroviaires concernant directement la France : le tunnel du Mont-Cenis (6,1 milliards) et le tronçon Budapest-Ljubljana (760 millions) sur la ligne ferroviaire Lyon-Turin-Budapest. Les tronçons Figeras-Perpignan et Lisbonne/Porto-Madrid sur les lignes TGV du Sud de l'Europe, pour une enveloppe totale de 6,650 milliards d'euros. Le tronçon Strasbourg-Appenweier (pont de Kehl à la frontière allemande) sur TGV Est, pour 150 millions d'euros. La ligne nouvelle Dijon-Mulhouse-Mülheim entre la France et l'Allemagne, tronçon Bâle-Karlsruhe, et tronçon Rheidt-Anvers sur la ligne Lyon-Rotterdam.Autres projets ferroviaires : le tronçon Liège-Cologne du TGV Paris-Cologne, lancé en 1996, pour 1,184 milliards. Les tronçons Munich-Salzbourg et Vienne-Bratislava sur la ligne Paris-Bratislava, pour 1 032 millions d'euros. Le tunnel du Brenner entre l'Autriche et l'Italie, sur la ligne Berlin-Milan-Palerme, pour 4,3 milliards. Le tronçon Vigo-Porto du train à grande vitesse entre Espagne et Portugal, pour 8,7 milliards. Le tronçon Budapest-Vienne en train sur la ligne Athènes-Dresde, pour 1 318 millions. Deux tronçons sur ligne Gdansk-Vienne, autour de Katowice, pour 2 062 millions.
Des projets rail-route : sur le triangle nordique, les tunnels de Malmö et de Stockholm (Suède), pour 2 milliards, ainsi que le tronçon Kerava-Vainikkala-Russie, pour 591 millions. Deux tronçons sur le réseau irlandais et britannique pour 589 millions. Les segments Athènes-Thessalonique, commencé en 1996, et Sofia-Kulata entre la Grèce et la Bulgarie. Felixtowe-Holyhead/Stranraer sur la liaison routière Irlande/Royaume-Uni/Benelux, commencé en 1996, pour 1,35 milliards. Le tronçon Brno-Vienne sur l'autoroute depuis Gdansk, pour 479 millions d'euros.
Des liens fluviaux : entre Vienne et Bratislava (Slovaquie), et Rhin-Meuse, sur le canal Rhin-Meuse-Danube.
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